Le témoignage d’Amy Low, infirmière et responsable médicale pour Médecins sans frontières, offre un aperçu glaçant de la réalité quotidienne dans la bande de Gaza. De retour après huit semaines sur place fin juin, elle décrit une situation humanitaire catastrophique, où les distributions alimentaires se transforment trop souvent en tragédie.
La quête périlleuse de la nourriture
Les scènes de dizaines de morts dans les centres de distribution alimentaire, loin d’être isolées, sont devenues fréquentes. Des gens affamés et désespérés, n’ayant souvent rien mangé depuis plus de trois mois, risquent leur vie pour tenter d’obtenir de la nourriture. Ce qui se déroule dans ces files d’attente n’a rien d’humanitaire. Les autorités tirent sur la foule, transformant la recherche de subsistance en un danger mortel.
Face aux affirmations israéliennes de tirs de sommation pour répondre à des dangers immédiats, Amy Low est catégorique : toutes les personnes blessées admises dans les centres de santé de MSF sont des civils. Ce sont des hommes, des femmes et même des enfants, dont la seule intention est de nourrir leurs familles. Le désespoir est tel qu’une mère confiait à Amy Low son impuissance face à son enfant de 2 ans qui demandait du pain, alors qu’il n’y avait plus de farine disponible. Chaque parent est prêt à tout risquer pour ses enfants affamés.
Une famine généralisée
La situation est d’une gravité alarmante. L’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) évoque une famine à Gaza, un constat partagé par Amy Low. Elle, qui en est à sa troisième mission à Gaza, observe que tous ses collègues ont perdu du poids, et que la population toute entière souffre de la faim, donnant le peu qu’ils ont à leurs enfants avant de manger eux-mêmes.
Les conséquences de cette malnutrition sont visibles et dramatiques. Les centres de santé ont enregistré une augmentation de 32 % des patients gravement malnutris admis dans les programmes de prise en charge. Et ce chiffre ne représente que la partie émergée de l’iceberg : de nombreuses personnes ne répondent pas encore aux critères d’admission mais sont vouées à les atteindre dans les semaines à venir.
Le blocus, une entrave mortelle à l’aide
Le blocus en place depuis le 2 mars a des répercussions dévastatrices. Il n’y a pas seulement un manque de nourriture, mais aussi un manque crucial de moyens pour la préparer. Le gaz est introuvable, et les gens doivent recourir à de petits feux, pour lesquels même un simple briquet est devenu une denrée rare et coûteuse, pouvant atteindre 25 dollars. Les frontières fermées empêchent également l’entrée d’approvisionnements essentiels pour les organisations humanitaires, y compris les médicaments et la nourriture thérapeutique pour les enfants malnutris, mettant en péril les programmes d’aide déjà insuffisants. Le coût de toutes les denrées, quand elles sont disponibles, a explosé.
Des appels à l’aide ignorés
Malgré les dénonciations de 25 pays, dont le Canada, la communauté internationale semble incapable d’infléchir la situation. Pour les travailleurs humanitaires sur le terrain, cette inaction est frustrante. La seule solution pour tenter d’aider les Gazaouis est d’ouvrir les frontières et d’instaurer un cessez-le-feu immédiat. C’est la condition sine qua non pour que la société gazaouie puisse à nouveau fonctionner et que l’aide vitale puisse parvenir à ceux qui en ont désespérément besoin.
Conclusion
Le témoignage d’Amy Low met en lumière une crise humanitaire d’une ampleur terrifiante à Gaza, où la recherche de nourriture est devenue un acte de bravoure quotidien face à la mort. L’urgence est absolue : seule une intervention significative pourra mettre fin à ce que beaucoup, sur place, qualifient de génocide.
Pas encore de commentaires.